ÉDITORIAL | Radio Télé Métronome : quand le journalisme cède la place au militantisme

Un média n’est ni un parti politique, ni un groupe de pression, ni un instrument de règlements de comptes. Sa seule boussole devrait être la recherche de la vérité, le respect des faits et le devoir d’informer avec honnêteté. C’est cette exigence qui fonde sa crédibilité. Lorsqu’il s’en éloigne, il perd sa raison d’être.

Depuis plusieurs mois, Radio Télé Métronome semble avoir choisi une autre voie. Une voie où l’analyse devient accusation, où l’interprétation se transforme en information, où les sous-entendus remplacent les faits. Ce glissement est préoccupant, car il ne relève plus du journalisme, mais d’une forme de militantisme médiatique.

Sa dernière publication sur les déclarations du président de la CARICOM en apporte une nouvelle démonstration. Philipp J. Pierre appelle son organisation à passer « de la rhétorique à la réalité » et à produire des résultats concrets. Pourtant, sans la moindre preuve, Radio Télé Métronome affirme que ce message visait directement le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. À aucun moment, le président de la CARICOM ne cite son nom ni ne lui adresse un reproche personnel. Cette conclusion appartient au média, pas à l’auteur de la déclaration.

C’est précisément là que le journalisme s’arrête et que la manipulation commence.

Un journaliste a le droit d’analyser. Il n’a pas le droit d’attribuer à une personnalité des intentions ou des propos qu’elle n’a jamais exprimés. La nuance est fondamentale. Sans elle, l’information devient une construction destinée à influencer l’opinion plutôt qu’à l’éclairer.

Ce qui inquiète davantage, ce n’est pas un dérapage isolé, mais la répétition de ce procédé. À force de vouloir inscrire systématiquement le Premier ministre dans tous les récits négatifs, Radio Télé Métronome donne l’impression d’avoir abandonné la neutralité éditoriale au profit d’une ligne de confrontation permanente. Une démocratie a besoin d’une presse critique, certes. Mais elle a surtout besoin d’une presse crédible.

La liberté de la presse est un droit fondamental. Elle n’est pas un permis de déformer les faits, de travestir les déclarations ou de construire des narratifs sans fondement. Chaque information publiée engage la responsabilité morale et professionnelle de ceux qui la diffusent.

Le public haïtien mérite mieux qu’une succession de procès d’intention. Il mérite des faits vérifiés, des analyses honnêtes et des critiques fondées sur des preuves. C’est cela, le journalisme.

À Radio Télé Métronome, il est temps de se poser une question essentielle : voulez-vous informer les citoyens ou façonner leur perception des événements ? La réponse à cette question déterminera non seulement votre crédibilité, mais aussi la place que vous occuperez dans l’histoire de la presse haïtienne.

Car une presse qui choisit le militantisme au détriment de la vérité finit toujours par perdre ce qu’elle possède de plus précieux : la confiance du public.

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