ÉDITO : Alix Didier Fils-Aimé ou la dernière chance d’en finir avec les transitions sans fin

Si on me demande si le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est en train de rétablir l’ordre démocratique en Haïti, ma réponse est simple : oui.

Je le dis sans hésitation parce que, depuis son arrivée à la tête du gouvernement, une détermination nouvelle est à l’œuvre et fait désormais son chemin : celle de remettre Haïti sur la voie des institutions, de la stabilité et, surtout, des élections.

Or, vouloir rétablir l’ordre démocratique en Haïti, c’est toucher directement aux intérêts de ceux qui se sont accommodés du désordre et des transitions sans fin.

Haïti ne souffre pas seulement de la crise que nous voyons. Elle souffre aussi d’un système qui entretient cette crise et qui en tire profit. Dès qu’un homme entreprend de rompre avec les vieilles pratiques, de s’attaquer aux intérêts établis et de remettre les institutions au centre de l’action publique, ceux qui vivent du système se dressent contre lui. On fouille ses faiblesses, on exhume ses erreurs, on amplifie chaque difficulté jusqu’à en faire une preuve d’échec. Le débat sur l’action publique laisse alors place au procès politique.

On tente aujourd’hui de lui faire subir ce traitement.

Et une partie de la presse, celle à laquelle j’appartiens, doit avoir le courage de reconnaître sa part de responsabilité dans ce mécanisme. Notre métier exige de questionner, de vérifier et de critiquer lorsque cela est nécessaire. Mais il nous impose aussi de regarder la réalité avec honnêteté et de ne pas transformer chaque difficulté en condamnation définitive.

La sécurité reste l’autre bataille décisive. À New York, lors de la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé n’a pas esquivé cette réalité. Il a plaidé pour le renouvellement du mandat de la Force de répression des gangs et pour le déploiement effectif de ses 5 500 membres. « Pwomès se dèt », a-t-il lancé, rappelant aux partenaires d’Haïti que les engagements pris doivent maintenant se traduire en actes.

On ne peut pas demander au peuple de retourner aux urnes sans créer les conditions permettant à ce peuple de voter librement et en sécurité. Rétablir la sécurité, reconstruire les institutions et conduire Haïti vers les élections sont donc trois étapes d’un même combat.

Les élections auront lieu. Pas cette année. Mais elles doivent avoir lieu. Le processus électoral est engagé. 10 personnalités sont déjà inscrites comme candidates à la présidence. Parallèlement, 205 candidats au Sénat, 606 à la Chambre des députés, 291 cartels municipaux, 313 candidats aux CASEC et 161 candidats aux ASEC sont également inscrits sur la plateforme électorale.

Ces chiffres disent une chose simple : le pays est déjà engagé sur le chemin des urnes.

Haïti ne peut pas rester éternellement prisonnière des transitions. Alix Didier Fils-Aimé doit être la dernière. Sa mission n’est pas de durer. Sa mission est de consacrer son énergie à conduire le pays jusqu’aux urnes, puis de céder la place à un président élu. Voilà l’enjeu.

Je défends Alix Didier Fils-Aimé parce qu’il faut aussi savoir reconnaître lorsqu’un responsable politique fait bouger les lignes dans un système qui résiste au changement. Cela ne signifie pas fermer les yeux sur les difficultés ni renoncer à l’esprit critique. Cela signifie juger l’action avec sérieux, sans transformer chaque obstacle en prétexte pour condamner toute possibilité de changement.

Il faut pouvoir critiquer sans détruire, questionner sans condamner d’avance et exercer un contrôle démocratique sans transformer le débat public en règlement de comptes.

La presse doit également faire son examen de conscience. Notre rôle est d’informer, d’interroger, de contrôler et d’éclairer le peuple. Mais lorsque le micro devient un instrument de diffamation, de pression, de manipulation ou de chantage, nous trahissons notre mission. Je refuse de mettre toute la presse dans le même sac. Mais ceux qui utilisent leur position pour nuire à la République doivent être interpellés et, lorsque les faits sont établis, dénoncés.

Haïti est déjà suffisamment fragilisée par les gangs et l’insécurité. Nous n’avons pas besoin d’ajouter d’autres formes de violence dans l’espace public. Le peuple haïtien a besoin de vérité, de repères et de la conviction qu’il est encore possible de reconstruire l’État et de retrouver une vie normale.

Les réseaux sociaux ont également changé la donne. Une rumeur devient une « vérité » en quelques minutes. Une accusation fait le tour du pays avant même que les faits ne soient vérifiés. La responsabilité de ceux qui prennent la parole publiquement n’a donc jamais été aussi grande.

Notre véritable combat est celui du retour aux institutions, de la sécurité, de la production et des élections. Alix Didier Fils-Aimé porte une responsabilité historique : conduire cette transition jusqu’à son terme et empêcher qu’elle ne devienne une transition sans fin.

Nous, journalistes, intellectuels, acteurs politiques et citoyens, portons également la nôtre : ne pas laisser le système nous enfermer une nouvelle fois dans le même scénario.

Les élections auront lieu. Pas cette année. Mais elles doivent avoir lieu. Et ce jour-là, le peuple devra pouvoir choisir librement son président et ses représentants.

C’est pour cela que je défends la voie qui mène aux élections. C’est pour cela que je défends Alix Didier Fils-Aimé dans cette étape. Et c’est pour cela que je continuerai à dire ce que je pense, même lorsque cela dérange.

Haïti doit sortir de la logique des transitions permanentes. Le pays doit retrouver ses institutions. Le peuple doit retrouver son pouvoir de choisir. Et cette fois, nous ne devons pas laisser l’espoir des élections nous échapper.

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