Louko Désir : le marchand de micro devenu distributeur de leçons

Comment un homme dont les propos sur les groupes criminels ont provoqué une telle polémique peut-il aujourd’hui se présenter avec autant d’assurance en donneur de leçons ?
En septembre 2023, les déclarations de Louko Désir sur les groupes criminels et leur capacité à représenter une source de revenus pour certains jeunes avaient provoqué une vive réaction. Le parquet l’avait convoqué. Cet épisode aurait déjà dû lui rappeler que le micro impose aussi une responsabilité.
Mais les controverses ne s’arrêtent pas là. En avril 2020, Louko Désir avait été arrêté à la sortie de Radio Éclair, puis conduit au commissariat de Pétion-Ville avant d’être libéré quelques heures plus tard. Le parquet lui reprochait notamment un abus du droit d’expression, la violation de mesures prises dans le contexte du Covid-19 et des propos considérés comme une incitation à la violence.
En janvier 2023, il avait encore été invité à comparaître par le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince. La même année, il avait également été auditionné dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse au sujet d’informations diffusées dans son émission.
Toutes ces controverses appartiennent à son parcours public. Elles doivent donc pouvoir être examinées sans complaisance, surtout lorsqu’il prétend lui-même distribuer des leçons aux autres.
Louko Désir est un faiseur de troubles. Il provoque, il divise et transforme trop souvent le débat public en affrontement. À force de provoquer, il contribue davantage à la confusion qu’à la recherche de solutions.
Alors, avec quel aplomb vient-il aujourd’hui distribuer les bons et les mauvais points ? C’est là que le paradoxe saute aux yeux.
Un micro n’est ni un diplôme de compétence, ni un permis de juger, encore moins un trône. Parler plus fort ne donne pas raison. Provoquer ne donne pas de l’autorité. Occuper quotidiennement un espace médiatique ne transforme pas un polémiste en arbitre de la société. À force de vouloir juger les autres depuis son studio, Louko Désir finit surtout par donner l’impression que la polémique est devenue sa principale monnaie d’échange médiatique.
Le problème n’est pas qu’il critique. Le problème est qu’il semble oublier que la critique est une arme à double tranchant. Celui qui passe son temps à examiner les fautes des autres doit avoir le courage de regarder les siennes. Celui qui exige des comptes aux responsables publics doit accepter que ses propres paroles soient soumises au même examen. Celui qui prétend défendre la vérité doit comprendre qu’une vérité ne se proclame pas : elle se démontre.
C’est là que se trouve la véritable leçon que Louko Désir devrait retenir. Le journalisme n’est pas une compétition d’ego. Ce n’est pas celui qui parle le plus longtemps, qui crie le plus fort ou qui provoque le plus qui mérite le dernier mot. Le journalisme repose sur la rigueur, la vérification, la responsabilité et le discernement.
Haïti n’a certainement pas besoin de personnalités médiatiques qui transforment chaque désaccord en règlement de comptes. Elle a besoin de paroles qui éclairent, de journalistes qui vérifient et de citoyens capables de défendre leurs convictions sans transformer le débat public en spectacle permanent.
Louko Désir peut continuer à critiquer. C’est son droit. Mais il doit comprendre une chose : le micro ne confère aucune supériorité morale à celui qui le tient.
Il peut distribuer les notes, mais il n’est pas le professeur de la nation. Il peut dénoncer, mais il n’est pas le tribunal du pays. Il peut parler, mais il n’est pas propriétaire de la vérité.
Et surtout, il devrait se souvenir d’une règle que tout véritable professionnel des médias devrait connaître : plus on donne de leçons aux autres, plus on doit être capable de supporter celles que l’on reçoit.
Le temps où le simple fait de posséder un micro suffisait à impressionner le public est révolu. Aujourd’hui, les paroles sont examinées, les contradictions sont relevées et les responsabilités sont rappelées.
Alors, qu’il continue de parler. Mais qu’il ne s’étonne pas lorsque le public, à son tour, prend le micro pour lui répondre.
Car le micro peut donner la parole. Il ne donne ni l’autorité morale, ni l’infaillibilité, ni le droit de se croire au-dessus des autres. Lorsque le bruit retombe, il ne reste qu’une chose pour juger un homme public : ses paroles, ses actes et la cohérence entre les deux.
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