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Les enfants en première ligne : victimes et soldats des gangs

Les enfants en première ligne : victimes et soldats des gangs

PORT-AU-PRINCE. En Haïti, les enfants ne sont plus de simples témoins de la violence. Ils en sont devenus les cibles et, trop souvent, les instruments. Entre avril et juin 2025, au moins 26 enfants ont été tués et 7 blessés lors d’attaques de gangs, d’opérations policières ou encore de lynchages perpétrés au nom de la “justice populaire”, selon le dernier rapport du BINUH.

Parmi ces jeunes victimes, certains ont perdu la vie chez eux ou en jouant dans la rue, fauchés par des balles perdues. D’autres ont été délibérément visés. Durant la même période, trois enfants ont également été enlevés par des groupes armés.

Au-delà de ces chiffres dramatiques, un autre fléau persiste : le recrutement d’enfants par les gangs. Déjà estimé à plus de 300 cas en 2024, ce phénomène ne cesse de s’aggraver. Les groupes criminels exploitent l’extrême pauvreté, la fermeture massive des écoles et l’absence totale de protection de l’État pour enrôler des mineurs comme guetteurs, porteurs d’armes, messagers ou exécutants.

Les enfants enrôlés sont exposés à des violences extrêmes, souvent physiques, parfois sexuelles, toujours psychologiques. Les filles, en particulier, sont les plus vulnérables à l’exploitation sexuelle au sein de ces structures criminelles.

Avec plus de 1 600 écoles fermées à cause de l’insécurité, l’accès à l’éducation est devenu un luxe pour des milliers d’enfants. Déplacés de force par les combats, ils sont désormais plus de 1,3 million à vivre en exil intérieur, dont plus de la moitié sont des mineurs. Coupés de l’école, des soins et de toute forme de protection, ils sombrent dans une précarité extrême, proie facile pour les groupes armés.

Face à cette situation alarmante, des voix s’élèvent pour réclamer la mise en place d’un programme national d’urgence, axé sur la prévention, la protection et la réintégration des enfants enrôlés ou à risque. Faute de réponse rapide et structurée, c’est une génération entière qui risque d’être perdue au cœur de la spirale de violence qui déchire le pays.

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