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À Washington, Dr Sandra Paulemon appelle à une refondation de la coopération internationale en Haïti

La ministre de la Planification et de la Coopération externe (MPCE), Dr Sandra Paulemon, a livré un diagnostic critique du système actuel de coopération internationale à l’issue de sa première mission officielle à l’étranger. Dans une interview écrite accordée au Nouvelliste et publiée le 22 avril 2026, elle revient sur sa participation aux réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) à Washington, qu’elle présente comme une étape clé dans la redéfinition du rôle de l’État haïtien dans la gouvernance du développement.

À peine installée à la tête du MPCE depuis un peu plus d’un mois, la ministre affirme avoir voulu marquer une présence active dans les espaces où se discutent les financements internationaux. Elle insiste sur une démarche volontaire de repositionnement institutionnel. Pour elle, cette mission n’avait rien de protocolaire : il s’agissait de défendre une vision plus structurée et plus cohérente des priorités nationales face aux partenaires techniques et financiers.

Dr Sandra Paulemon estime que la coopération internationale doit évoluer vers un modèle moins fragmenté. Elle déplore un système marqué par la dispersion des interventions, un manque d’harmonisation et une faible lisibilité des résultats. Selon elle, cette situation réduit l’efficacité de l’aide et limite son impact sur les conditions de vie de la population. Elle plaide ainsi pour une approche où l’État haïtien joue pleinement son rôle de coordination et de définition des priorités. « Les orientations du développement doivent être définies à l’intérieur du pays, pas ailleurs », soutient-elle.

Sur le plan de l’exécution des projets financés par les bailleurs, la ministre se montre directe. Elle reconnaît que les taux de décaissement et d’absorption des fonds restent insuffisants. Elle évoque plusieurs obstacles structurels : lourdeurs administratives, manque de coordination entre institutions publiques, faibles capacités techniques et environnement sécuritaire difficile. À cela s’ajouteraient, selon elle, des pratiques de gestion peu efficaces qui freinent la transformation des financements en résultats concrets.

Dans ce contexte, Dr Sandra Paulemon annonce les conclusions d’un audit rapide du portefeuille des projets de coopération. Ce travail de vérification aurait mis en évidence des retards importants et des fonds non utilisés. La ministre présente cet audit comme un outil de redressement destiné à débloquer les projets prioritaires et à améliorer le suivi des engagements.

Parallèlement, plusieurs réformes sont en cours au sein du MPCE. La ministre cite notamment la mise en place d’un registre national des organisations non gouvernementales, le développement d’une plateforme numérique de suivi des projets d’investissement public et l’introduction d’indicateurs de performance. Ces instruments visent à renforcer la transparence, la traçabilité et la redevabilité dans la gestion de la coopération internationale.

En collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), plusieurs projets à impact rapide ont déjà été validés, notamment dans les domaines des infrastructures, des services essentiels et de la relance territoriale.

Enfin, Dr Sandra Paulemon insiste sur la nécessité de renforcer les capacités du MPCE pour accompagner ces transformations. Elle estime que les ambitions de réforme doivent être soutenues par des moyens institutionnels et financiers adéquats. « Nous avons défini une direction claire, mais sa mise en œuvre exige des ressources renforcées », conclut-elle, en réaffirmant sa volonté de faire de la coopération internationale un levier plus efficace de développement pour Haïti.

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