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Acculturation : le silence qui nous tue

Acculturation : le silence qui nous tue

Haïti traverse ses heures les plus sombres. Chaque jour, nous nous enfonçons un peu plus dans ce gouffre de néant où notre identité, nos repères et nos valeurs se perdent. La crise n’est pas seulement politique ou sécuritaire : elle est aussi culturelle, morale et spirituelle. Et c’est là que le rôle du Ministère de la Culture et de la Communication (MCC) et celui de la CONATEL devraient être centraux.

Le MCC a pour mission de protéger notre patrimoine, de promouvoir nos traditions et d’accompagner nos créateurs. La CONATEL, elle, doit encadrer les médias et les télécommunications, veiller à ce que les contenus diffusés contribuent à l’éducation et non à la dégradation des consciences. Mais où sont ces institutions aujourd’hui ? Ont-elles encore conscience de leur responsabilité historique ? Trop souvent, elles brillent par leur absence, laissant se propager des musiques et des programmes qui banalisent la violence, l’irrespect, la vulgarité et l’oubli de soi.

Cette acculturation massive ronge notre société. Nos enfants grandissent dans un brouillard où tout ce qui est étranger semble préférable à ce qui est haïtien. À force de laisser la médiocrité se normaliser, nous sommes en train d’ensevelir ce qui reste de notre “j’aime Haïti”. La presse, elle aussi, a un rôle fondamental à jouer. Elle devrait être un outil de formation, un rempart contre la dérive. Trop souvent, elle se contente de nourrir le sensationnalisme et d’abandonner sa mission éducative.

Haïti n’a pas seulement besoin de rétablir la sécurité ou de reconstruire des institutions politiques. Elle a besoin de retrouver son âme. Protéger nos enfants contre cette tragédie culturelle, c’est le devoir de l’État, mais aussi celui de chaque parent, chaque enseignant, chaque citoyen. Notre avenir collectif dépend de notre capacité à dire non à ce flot d’acculturation et à redonner fierté, dignité et espoir à la jeunesse.

Le silence du MCC et de la CONATEL est coupable. Le laisser-faire de la presse est complice. Et notre indifférence collective est mortelle. Il est temps de nous lever pour sauver ce qui reste de notre identité. Sinon, demain, le “j’aime Haïti” ne sera qu’un souvenir, une nostalgie perdue dans le bruit des réseaux sociaux et des musiques qui nous détruisent.

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