Wilner Joseph a raison : aux Gonaïves, Dessalines est né à l’Histoire

Port-au-Prince, 14 septembre 2026 — Wilner Joseph n’a ni ignoré l’histoire ni réécrit les faits. Quand il dit que « les Gonaïves ont donné naissance à Dessalines », il ne parle pas du village qui l’a vu naître. Il parle du lieu où Dessalines est devenu Dessalines.

Car un homme ne naît pas seulement une fois.

Jean-Jacques Dessalines n’est pas né aux Gonaïves. C’est vrai. Mais ce fait, brandi comme une réfutation, ne réfute rien. Il confond deux naissances : celle de la biographie et celle de l’Histoire. La première appartient à la géographie. La seconde appartient au peuple.

Le 1er janvier 1804, aux Gonaïves, la guerre devient nation. Ce jour-là, la victoire de l’armée indigène se transforme en acte fondateur : un État libre naît, et avec lui, un homme change de dimension. Le général qui a combattu aux côtés des révolutionnaires devient le visage de l’indépendance. Son nom ne lui appartient plus tout à fait : il appartient désormais à la liberté haïtienne.

C’est cette naissance-là que Wilner Joseph évoque.

Vertières a gagné la guerre. Les Gonaïves ont proclamé l’indépendance. Entre les deux, il y a un basculement : le militaire devient symbole, le combattant devient Père fondateur. Dire que les Gonaïves ont « donné naissance » à Dessalines, c’est dire qu’elles l’ont fait entrer dans l’Histoire.

Fallait-il le formuler autrement ? On peut en discuter. Une phrase plus précise aurait sans doute évité la polémique. Mais transformer une métaphore en faute historique, c’est refuser de lire. La critique n’aurait de sens que si Wilner Joseph avait affirmé que Dessalines était né biologiquement aux Gonaïves. Ce n’est pas ce qu’il a dit.

Ceux qui l’ont aussitôt taxé d’« inculte » ont donc confondu rigueur et réflexe. Corriger un fait, c’est légitime. Feindre de ne pas comprendre une image, c’est autre chose. Car au fond, la distinction tient en une phrase : Dessalines est né homme ailleurs ; aux Gonaïves, il est né à l’Histoire.

À lire aussi : Présidentielle : Wilner Joseph, le choix fort de VIKTWA

Share this content:

Publier un commentaire